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Théâtre des Martyrs

Bruxelles


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Dire Combray

Marcel Proust


 

Au début de l’année 2014, on m’a proposé de faire une lecture d’extraits du premier chapitre de Proust. Comme c’est le cas pour bon nombre d’entre nous, le texte de « À la recherche du temps perdu » constituait une culpabilité culturelle. Je ne l’avais pas lu et à chaque fois que j’avais voulu m’y mettre, j’avais renoncé, le livre m’étant tombé des mains et je remettais toujours à plus tard la décision de passer par-dessus les premières difficultés de lecture. Cette demande de lecture était de ce point de vue une opportunité: j’acceptai et je me mis au travail. Et les difficultés commencèrent. Je n’y arrivais pas. Les phrases semblaient sans fin, construites selon un agencement dont la logique et la pertinence m’échappaient. Que faire ? Par ailleurs, j’avais expérimenté à de nombreuses reprises dans ma vie de comédien comment un texte qui nous était obscur, voire incompréhensible pendant de longues semaines de travail, devenait pourtant accessible au public dès sa première écoute pour autant que le comédien ait fini par le comprendre réellement, intimement. Sans cesse, je passais et repassais sur ce texte à voix haute sans cesser de me perdre. Et, un jour, arrivant au passage où le narrateur décrit comment, jeune garçon, il inventait un stratagème pour que Françoise accepte de porter la lettre qu’il venait d’écrire afin que sa mère monte lui dire bonsoir dans sa chambre, l’évidence apparut : il ne fallait pas seulement « dire » ce texte, il fallait le faire mien, le jouer, l’inventer sur le moment même. Et, un jour, arrivant au passage où le narrateur décrit comment, jeune garçon, il inventait un stratagème pour que Françoise accepte de porter la lettre qu’il venait d’écrire afin que sa mère monte lui dire bonsoir dans sa chambre, l’évidence apparut : il ne fallait pas seulement « dire » ce texte, il fallait le faire mien, le jouer, l’inventer sur le moment même. Oserais-je dire que c’était plus facile à dire qu’à faire ? Oui, j’ose. La vertu essentielle de ce spectacle est qu’en restituant l’humour et l’émotion de ce texte, il le rend non seulement compréhensible et abordable mais aussi facilement intelligible à tous. Si l’aval des intellectuels et des « proustiens » de ma connaissance à propos de l’interprétation et de l’angle d’attaque du spectacle sur leur précieux « trésor » m’était évidemment très important, j’ai également tout de suite fait venir aussi des adolescents. L’accueil enthousiaste de ce que j’avais déterminé comme étant mes deux références m’a comblé et me motive aujourd’hui pour poursuivre cette aventure et la faire vivre au-delà des quelques représentations prévues initialement. Michel VOÏTA


Avec Michel Voïta