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Théâtre des Martyrs

Bruxelles


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L'Affaire de la rue Lourcine

Eugène Labiche

Comme souvent chez Labiche, la poésie nous attrape par surprise, entre méchanceté et tendresse, dans un monde archaïque en déroute qui frise assez vite avec l’absurde.

 

Lenglumé, bourgeois noceur qui, un matin de gueule de bois, trouve dans son lit un homme dans le même état, Mistingue ; il bascule, lui et sa raison, dans une « lacune » de sa nuit et par un faisceau d’indices abracadabrants en vient à imaginer qu’ils sont les assassins d’une charbonnière, rue de Lourcine, dans les dédales d’un vieux Paris interlope. Pour faire disparaître les preuves de leur culpabilité, ils se révèleront capables du pire : l’assassinat de tous les témoins de leur forfait jusqu’à leur élimination réciproque. Un retournement improbable de dernière minute viendra stopper l’escalade meurtrière : le journal à la base du délire datait de l’an dernier – et tout termine en happy end chanté, avec pour seule victime la chatte moumoutte. 
Comme souvent chez Labiche, la poésie nous attrape par surprise, entre méchanceté et tendresse, dans un monde archaïque en déroute qui frise assez vite avec l’absurde. C’est une poésie de la médiocrité, du dérisoire, de l’insondable bêtise de la petite bourgeoisie française, qu’on sait encore disposée au pire dans ses convulsions contemporaines, et dont Labiche a fait son monde. 
Pourtant, selon moi, ce théâtre ne relève pas de la « critique sociale », même si certaines répliques font preuve d’une cruauté et d’un cynisme sournois – je pense par exemple à « Ah pour cela point d’embarras, la conscience, ami, ça n’se voit pas ! ». Il se joue ailleurs, peut-être dans une poétique du dérèglement. Dans l’entre deux du matin, dans les brumes du madère et bientôt du curaçao, un trou s’ouvre dans le soi, et dans l’angoisse de la « lacune », le sens, et peut- être même l’identité vacillent. Et quand le personnage ne peut plus parler, que la crise le pétrifie, il se met, délire surréaliste, à improviser de monstrueuses chansons pour noyer la béance de son vide – sur des airs piqués aux théâtres voisins, pour la plupart complètement oubliés, entre cabaret et parodie du grand opéra.  


Avec : Pedro Cabanas, Bernard Gahide, Marie Luçon, Fabien Magry, Tristan Schotte
Mise en scène : Thibaut Wenger
Assistanat à la mise en scène : Hugo Favier
Scénographie et costumes : Claire Schirck & Nina Blanc
Réalisation costumes : Anne Richert & Selma Kalt
Musique : Grégoire Letouvet & Marc-Antoine Perrio
Musiciens : Julien Chabod, Patrick Langot, Mathias Lévy, Claire Monciero, Stéphanie Moraly, Laurent Muller, 
Répétitions des chansons : Annette Sachs
Lumières : Iris Julienne
Sons : Geoffrey Sorgius
Construction : Sébastien Corbière
Production : Premiers actes 
Coproduction : Théâtre des Martyrs; Théâtre en Liberté; Nouveau Relax, Scène conventionnée de Chaumont, le Théâtre Océan Nord et La Coop Asbl. Avec le soutien de la Cocof, de La Servante, de la Spedidam, de MCA Recycling sprl et du Tax Shelter du Gouvernement fédéral de Belgique.