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Théâtre des Martyrs

Bruxelles


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La Solitude du Mammouth

Geneviève Damas

C’est quelque chose de penser qu’un jour on va disparaître et que le monde poursuivra sa course ronde.

 

On croît sa vie solide et un beau matin on réalise qu’elle ne tient qu’à un fil : une bulle d’air, un caillot, un caillou, une fissure, des villages entiers disparaissent en une fraction de seconde, des avions explosent en plein vol, des bateaux chavirent. Vous êtes rayé de la carte et le reste du monde continue pourtant à aller de l’avant. Cette absence de mémoire, c’est d’une injustice fondamentale. Comme pour les mammouths. L’humanité leur doit tellement. Ils nous ont tout donné, leurs défenses, leur peau, leurs os, leur graisse, leurs poils et qu’est-ce que l’humanité a fait pour eux lorsque le froid est arrivé? Nada. Elle les a laissé sombrer dans l’ère glaciaire. 
Et quand il m’a dit : « Bérénice, j’ai rencontré quelqu’un », comme le mammouth j’ai senti la terre se refroidir, quelque chose qui vous paralyse insensiblement. Au début je me suis dit, ça va aller, j’en ai déjà vu des vertes et des pas mûres, comme le mammouth avec tous ses poils, toute sa graisse, rien ne peut m’arriver, et j’ai pensé, Béré, il faut que tu restes digne, Brice a quelque chose à te dire, quelque chose d’important, tant qu’il y a des mots, il y a de l’espoir et comme le mammifère du Pléistocène inférieur, je suis restée là, immobile, souriante, stupide à croire que j’allais m’en sortir. Je crois que je suis restée longtemps sans bouger, mouillant le sol glaciaire, pleurant mon mari et tous ces mammouths anonymes qui avaient perdu le combat contre le froid. Et puis, un jour, j’ai arrêté. Pourquoi je ne sais pas. Mais j’ai arrêté de pleurer, j’ai arrêté de rester figée, j’ai arrêté de soupirer. J’ai relevé la tête et j’ai dit : « Ca ne peut plus continuer. » Ce n’est pas vraiment ça que j’ai dit. Ca ressemblait plutôt à un cri préhistorique du genre : « Putain de bordel de Dieu de merde ! ». Pour les mammouths, pour le froid, pour le silence, pour le mensonge, pour la fausse blonde de 22 ans, tu vas voir mon ami. Je vais te donner une profitable leçon. Une leçon que tu n’es pas prêt d’oublier. 
Un monologue drôle, cruel et déjanté qui parle de ce que nous faisons de nos colères et de notre désir de vengeance, notre faculté à sublimer les émotions qui nous traversent. 


Ecriture et jeu : Geneviève Damas
Scénographie : Thibaut De Coster et Charly Kleinermann
Lumières : Jean-Jacques Deneumoustier
Photographie : Dominique Bréda
Maquillage : Sylvie Evrard
Régie : Nicola Pavoni
Mise en scène : Emmanuel Dekoninck
Production : Albertine
Coproduction : Les gens de bonne compagnie & Festival de Théâtre de Spa

Avec le soutien de l'Atelier-Théâtre Jean Vilar
Le texte de la pièce est publié chez Lansman Editions (2017)